L’Arménie incroyable : révolution, licornes technologiques et un effectif féminin puissant

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L’Arménie incroyable : révolution, licornes technologiques et un effectif féminin puissant

L’Arménie incroyable : révolution, licornes technologiques et un effectif féminin puissant

L’Arménie est surtout connue pour sa longue et tragique histoire, ses joueurs d’échecs et son ardent brandy ARARAT. Mais à la fin du 20ème siècle, le pays a également acquis la réputation du Silicon Valley de l’Union soviétique. La petite nation caucasienne de 3 millions d’habitants compte parmi les pays ayant des meilleurs instituts techniques et un grand nombre d’ingénieurs talentueux. Le problème était que beaucoup d’entre eux avaient fui l’Arménie dans les années 1990, alors que le pays était plongé dans le chaos post-soviétique.

Mais la révolution de velours pacifique de l’année dernière et le regain d’intérêt des investissements de la diaspora arménienne ont ravivé les espoirs d’une résurgence économique et ont alimenté un nouveau phénomène : un gain de cerveau énergique.

Avec des entrepreneurs expérimentés rentrant des États-Unis et une nouvelle génération d’ingénieurs, l’Arménie est déterminée à suivre Israël pour devenir la prochaine Nation de Startup. Les deux pays ont certainement beaucoup en commun : manque de ressources naturelles, du pouvoir cérébral, de l’ingéniosité technologique, et des voisins antagonistes. Située entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, avec lesquels elle est encore techniquement en guerre, les Arméniens disent en plaisantant qu’ils ont vécu 3000 ans d’histoire troublée pour une meilleure localisation.

Nina Achadjian, partenaire de Index Ventures et membre de la diaspora qui a réuni un fonds d’investissement de 10 millions de dollars en 2015, appelé Hive, affirme que le pays possède une histoire d’entrepreneuriat et une culture de survie qui en font un terrain particulièrement fertile pour les startups. « Il existe en Arménie de nombreux mathématiciens et ingénieurs talentueux qui peuvent être embauchés pour une fraction du coût de la Silicon Valley», dit-elle. Plus de 15 000 personnes travaillent dans le secteur des technologies en Arménie, ce qui représente environ 6% du PIB. Plusieurs sociétés occidentales, notamment Lycos et Synposys, gèrent depuis des années avec succès des bureaux en Arménie, employant des centaines de développeurs de logiciels. Mais certains de ces ingénieurs « quittent » ces sociétés pour fonder leurs propres startups.

Une nouvelle génération de codeurs émerge également d’Arménie. Tumo est un nouvel établissement d’enseignement novateur qui organise des cours après l’école pour des milliers d’élèves et les encourage à acquérir des compétences numériques majoritairement autodidactes. Actuellement, Tumo gère quatre centres à travers l’Arménie et va s’étendre bientôt à Paris, Beyrouth et Tirana.

Un homme d’affaires de premier plan à Erevan a une fois déclaré que la révolution avait ouvert de nouvelles possibilités pour l’Arménie et que le gouvernement progressiste, mais inexpérimenté du premier ministre Nikol Pashinyan, fonctionnait presque comme une startup. « Nous avons besoin de tribunaux libres, d’élections démocratiques et du gouvernement qui adoptera des lois visant à faciliter le système fiscal en fonction du développement du business », – explique-t-il.

PicsArt

Avec ses 130 millions d’utilisateurs uniques opérant dans plus de 30 langues, l’application de partage et de modification d’images intitulée PicsArt prétend à être, à juste titre, la plus grande communauté créative au monde. C’est d’ailleurs pourquoi Mikayel Vardanyan, responsable des produits chez Pics Art, voit en cette startup la première licorne d’Arménie : « Nous avons le bon produit, le bon sens du rythme et la bonne équipe« , affirme-t-il. « L’effet Licorne va arriver très bientôt. »

Bien qu’il ait été lancé en 2012 à San Francisco, PicsArt exerce la plupart de ses activités et accepte la plupart de ses 380 employés en Arménie. Elle a également ouvert des bureaux en Russie et en Chine, qui prétend à devenir un marché en forte croissance. Si vous parcourez les bureaux de ce secteur à Erevan, une différence par rapport à de nombreuses autres entreprises de technologie vous semblera évidente : en plus du fait que la moitié des employés sont des femmes, on constatera également que l’âge moyen des salariés est de moins de 23 ans.

Les utilisateurs peuvent partager et éditer des images comme ils le souhaitent. PicsArt gagne de l’argent grâce aux abonnés premium et en faisant des campagnes des marques ou des célébrités, comme celle de Swarovski ou d’AJ Mitchell, auteur-compositeur-interprète américain. Les designers et les fans peuvent créer ensemble des images « Instagram-friendly », approfondissant ainsi les niveaux d’engagement.

PicsArt est également devenu une plateforme intéressante pour suivre les changements d’humeur globale et de culture populaire. L’application a été largement utilisée par les Arméniens l’année dernière, par exemple, pour manifester le soutien à l’insurrection pacifique de Nikol Pashinyan, chef de la révolution de velours arménienne, devenu Premier ministre. « Nous avons beaucoup de données qui nous montrent ce qui se passe partout. Nous pouvons créer beaucoup de tendances », – déclare Vardanyan.

2hz

Davit Baghdasaryan est un excellent exemple du rapatrié arménien. Après avoir travaillé pendant 9 ans sur la côte ouest des États-Unis, l’ingénieur en logiciel et son épouse sont rentrés en Arménie en 2017 dans l’espoir de rejoindre leur famille et d’explorer de nouvelles opportunités commerciales. Avec Arto Minasyan, un physicien de l’Université d’Etat d’Erevan, il a fondé 2hz, une entreprise de technologie de réduction du bruit qui suscite un vif intérêt sur le plan international. « Arto sait comment fonctionne l’Arménie et moi, je sais comment fonctionne les États-Unis« , dit Baghdasaryan. « Nous n’avions aucune expérience en audio, et nous avons donc abordé le problème sous un angle différent, du point de vue des mathématiques et de la physique. Nous avons créé une application qui pourrait comprendre ce que c’était une voix humaine et la séparer de tout le reste « , raconte Baghdasaryan.

Les deux fondateurs avaient besoin d’une stratégie de commercialisation et ont développé leur pensée d’entreprise grâce à l’accélérateur Skydeck de l’Université de Berkeley. « Nous avons passé 6 mois là-bas. Ils ont investi 100 000 dollars puis nous avons collecté 1,5 million de dollars des sociétés US VC. Ce que nous avons aujourd’hui est assez unique et nous voulons le faire évoluer. »

Au cours de ces deux dernières années, les deux fondateurs et une équipe de 8 chercheurs ont créé le meilleur algorithme qui supprime le bruit. Ils négocient actuellement avec des fournisseurs des « smart speakers » intelligents pour utiliser leur technologie sur des dizaines de millions d’appareils.

L’application krisp.ai permettant une communication plus claire via un appel Skype en est l’exemple. La stratégie consiste à créer une application d’affaire autour de Krisp, qui sera d’ailleurs le nouveau nom de la société. « Il ne s’agit pas simplement d’une application d’annulation du bruit, il améliore également la productivité lors des appels des travailleurs à distance. Vous pouvez prendre un appel avec un bébé qui pleure à l’arrière-plan ou depuis un Starbucks », – explique Minasyan.  Baghdasaryan dit que la scène des startups à Erevan manque toujours d’un réseau dense d’investisseurs et d’entrepreneurs expérimentés, capables de fournir de l’argent à un stade précoce. Néanmoins, il ne regrette pas son retour en Arménie. “C’était une excellente décision. Il y a beaucoup de talent ici », dit-il. « Il serait impossible de trouver ces personnes aux États-Unis, car Google et Facebook les auraient déjà embauchées. »

D’efekt

Nané´ Toumanian était ravie d’avoir été choisie pour le programme international de femmes entrepreneurs d’Apple, ce qui lui a permis récemment de passer du temps à Cupertino. Toutefois, son principal objet de fierté reste tout de même sa start-up, appelé d’Efekt, fondée l’année dernière à Erevan et permettant aux utilisateurs d’appliquer différents effets à leurs vidéos. Après avoir étudié l’architecture et travaillé dans le domaine du graphisme pendant 10 ans à Paris, Toumanian a commencé à expérimenter l’art vidéo et a pensé pouvoir transformer son idée en une entreprise intéressante en lançant une startup avec deux amis, Tatevik Gasparyan et Vahagn Khachikyan. « Je suis une artiste, l’autre est une érudite et le troisième est réaliste », explique Toumanian.

La technologie de d’Efekt permet aux utilisateurs d’appliquer 14 effets différents en temps réel à la vidéo pour créer des images saisissantes. Certaines d’entre elles ont même eu un succès mondial : une vidéo de l’image de Frida Kahlo, créée justement via cette application par la photographe torontoise Helen Breznik, a été visionnée plus de 6,3 millions de fois sur Instagram.

D’Efekt opère sur un marché en pleine effervescence mais Toumanian affirme qu’ilsoffrent quelque chose d’unique : « Nous voulons que chacun de nos effets soit comme de l’art, même si ce n’est pas si facile à les reproduire. Il n’y a pas d’autre application qui ait ce genre d’effet » déclare-t-elle.

« Je pense que Erevan est en train de devenir un endroit favorable au développement d’entreprises numériques. Comparé à la Silicon Valley, les développeurs de logiciels ne gagnent rien ici. En revanche, ce métier possède les salaires les plus élevés que vous pourriez obtenir à Erevan ».

Elle affirme également que dans le cyberespace, rien ne dépend de l’emplacement. «Vous pouvez être n’importe où dans le monde». Cette pensée a un attrait particulier pour l’Arménie : après des siècles de conflit régional, le pays a finalement trouvé le moyen de s’élever au-dessus de son voisinage troublé».

Source : https://sifted.eu/articles/armenian-tech-startups-index-ventues-picsart-2hz-defekt/?fbclid=IwAR1QSCrJ5J7Ac1Pn0IKeMyrGq0me41jhv-Zg86GIrPAD7ZGeoH7dFMj5sdw

Source : www.courrier.am

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